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Le ney, la flûte de roseau
- Le 03/08/2019
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La flûte et le roseau
Djalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī (1207 – 1273).Écoute le ney (la flûte de roseau) raconter une histoire, il se lamente de la séparation :
Depuis qu'on m'a coupé de la jonchaie, ma plainte fait gémir l'homme et la femme.
Je veux un cœur déchiré par la séparation pour y verser la douleur du désir.
Quiconque demeure loin de sa source aspire à l'instant où il lui sera à nouveau uni.
Moi, je me suis plaint en toute compagnie, je me suis associé à ceux qui se réjouissent comme à ceux qui pleurent.
Chacun m'a compris selon ses propres sentiments ; mais nul n'a cherché à connaître mes secrets.
Mon secret, pourtant, n'est pas loin de ma plainte, mais l'oreille et l'œil ne savent le percevoir.
Le corps n'est pas voilé à l'âme, ni l'âme au corps ; cependant, nul ne peut voir l'âme.
C'est du feu, non du vent, le son de la flûte : que s'anéantisse celui à qui manque cette flamme !
C'est le feu de l'Amour qui est dans le roseau, c'est l'ardeur de l'Amour qui fait bouillonner le vin.
La flûte est la confidente de celui qui est séparé de son Ami : ses accents déchirent nos voiles.
Qui vit jamais un poison et un antidote comme la flûte ?
Qui vit jamais un consolateur et un amoureux comme la flûte ?
La flûte parle de la Voie ensanglantée de l'Amour, elle rappelle l'histoire de la passion de Madjnûn.
A celui-là seul qui a renoncé au sens est confié ce sens : la langue n'a d'autre client que l'oreille.
Dans notre affliction, les jours sont devenus moroses ; nos jours cheminent avec les peines brûlantes.
Si nos jours se sont enfuis, qu'importe !
Demeure, ô Toi à la sainteté de nul n'est comparable !
Quiconque n'est pas un poisson devient abreuvé de Son eau ; quiconque est privé du pain quotidien trouve la journée longue.
Celui qui n'a point d'expérience ne peut comprendre l'état de celui qui sait ; mes paroles doivent donc être brèves. Adieu ! -
Soufi, mon amour, Elif, Shafak
- Le 07/07/2019
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Soufi, mon amour. Elif Shafak.
Ella, américaine et mère de famille de quarante ans à la vie bien tranquille, est lectrice à temps partiel pour un agent littéraire. La lecture du manuscrit d’un auteur inconnu dans le cadre de son travail, conduira Ella à une double découverte. Celle d’un amour improbable avec un homme dont trop de choses la séparent : la distance, la vie, l’engagement, la foi. La découverte aussi d’un autre amour, spirituel celui-là, entre le célèbre poète soufi Rûmi et le derviche tourneur Shams de Tabriz. La lecture du manuscrit qui narre la rencontre dans la Turquie du XIIIe siècle de ces deux grands mystiques, bouleversera totalement l’existence et les repaires spirituels d’Ella qui, guidée par son nouvel amour, se laissera conduire sur les voies du soufisme.
Le maître et l’élève
Au-delà de son roman, Elif Shafak, à travers la rencontre du maître et de l’élève, du célèbre derviche tourneur Shams de Tabriz et du poète érudit Djalâl ad-Din Rûmî, nous fait découvrir une autre facette du monde musulman et de l’Islam longtemps méconnue en Occident: le soufisme.
Cette découverte des valeurs spirituelles du soufisme et de l’univers mystique des derviches tourneurs dont l’ordre Mevlevi fut fondé à Konya en Turquie par Rûmi, se fait en parallèle des changements existentiels qui s’opèrent dans l’esprit de l’héroïne et qui bouleversent totalement son univers.Un roman d’amour et un livre passionnant qui invite d’une manière originale le non initié à découvrir l’univers mystique et spirituel des derviches tourneurs et des poètes soufis.
Elif Shafak est un écrivaine turque née en 1977 à Strasbourg de parents turcs. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Shafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie. Vivant et travaillant à Londres, elle écrit aussi bien en turc qu'en anglais.
Diplômée en relations internationales de l'université technique du Moyent-Orient d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l'islam. Elle a soutenu sa thèse en sciences politiques sur l'Analyse de la modernité turque à travers les discours des masculinités (titre exact : Male Gender Roles in Turkish Culture and Turkey's Modernization).
En 1998, elle obtient pour son premier roman, Pinhan, le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie. Son second roman, Şehrin Aynaları, entremêle les mysticismes du Judaïsme et de l'Islam dans une Méditerranée historique du 17e siècle. Mahrem confirme par la suite le succès de Shafak, lui valant ainsi le Prix des écrivains turcs en 2000.
Son roman Bonbon Palace est un bestseller en Turquie. Elle publie ensuite Med-Cezir, un ouvrage rassemblant des essais sur le genre, la sexualité, les enfermements mentaux et la littérature.
The Saint Of Incipient Insanities est le premier roman que Shafak écrit en anglais. Elle y raconte les vies d'immigrants musulmans à Boston et visite le sentiment d'exclusion que ceux-ci peuvent ressentir aux États-Unis.
Elle sera poursuivie en justice pour « Humiliation de l'identité turque, de la République, des institutions ou organes d'État » après la sortie de son second roman écrit en anglais, La Bâtarde d'Istanbul, un livre traitant du génocide arménien et qui raconte la vie de deux familles, l'une turque, le deuxième arménienne, à travers le regard de deux femmes.
Elif Shafak et le soufisme
Le soufisme a toujours joué un rôle central dans l'écriture d'Elif Shafak mais ce n'est qu'avec son dernier roman en date, Soufi, Mon amour, qu'elle aborde pleinement le sujet. Publié en mars 2009, le roman s'est déjà vendu à plus d'un demi-million d'exemplaires, se propulsant directement à la première place des romans les plus vendus depuis plusieurs décennies en Turquie.